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Ce cours aborde tous les thèmes qu'il faut maîtriser sur les Lettres d'une Péruvienne de Françoise de Graffigny et sur le parcours "« Un nouvel univers s'est offert à mes yeux »". Organisé par blocs thématiques, il vous prépare à traiter n'importe quel sujet de dissertation qui pourrait tomber le jour du bac, à comprendre la problématique,  à construire un plan (parties et sous-parties) et à vous appuyer sur des références et des citations précises de l’œuvre.

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LES DISSERTATIONS

QUI EST FRANÇOISE DE GRAFFIGNY ?

Née en 1695 à Nancy en Lorraine, morte à Paris en 1758, Françoise de Graffigny est une figure paradoxale : autrice d'un des plus grands best-sellers du XVIIIe s. — plus de cent trente éditions, des traductions en neuf langues, un triomphe immédiat lors de la parution en 1747 — elle est tombée dans un oubli presque total pendant deux siècles, avant d'être redécouverte dans les années 1980 par la critique féministe.

Mariée à dix-sept ans à un mari violent, elle parvient à divorcer après des années de déclassement et d'humiliation sociale. Elle est accusée à tort d'avoir divulgué des manuscrits de Voltaire lors d'un séjour chez lui à Cirey, et se retrouve seule et sans ressources à Paris. C'est dans ce dénuement qu'elle commence à écrire. Comme Zilia, Graffigny connaît l'exil, la précarité et l'art de reconstruire une vie par l'intelligence et le langage.

Le roman paraît en 1747, d'abord anonymement, puis avec son nom pour la deuxième édition de 1752 — édition augmentée de trois lettres qui renforcent considérablement la portée critique et argumentative de l'œuvre, comme on le verra.

 

LE LIVRE : UN ROMAN ÉPISTOLAIRE MONODIQUE

Les Lettres d'une Péruvienne racontent l'histoire de Zilia, jeune Vierge du Soleil — prêtresse inca consacrée au culte solaire — arrachée le jour de ses noces par des conquistadors espagnols et emmenée en France par un officier de marine, le chevalier Déterville. Elle apprend la langue française, observe avec un regard étranger la société de Louis XV, et finit par construire une existence libre et solitaire, refusant le mariage que lui propose Déterville et tournant la page de sa passion pour Aza, son fiancé inca qui l'a trahie.

Le roman est un soliloque (Jean Rousset appelle un « duo dont on n'entend qu'une seule voix ») : trente-huit lettres écrites par Zilia, sans qu'une seule réponse soit jamais transcrite. Là où Montesquieu, dans les Lettres persanes (1721), distribue la parole entre plusieurs correspondants, Graffigny concentre tout dans une conscience unique.

Il y a une forme de double énonciation : les lettres sont adressées à Aza, prince péruvien en exil, mais leur vrai destinataire est le public du sipecle des Lumières — et nous lecteurs et lectrices d'aujourd'hui. Aza est un destinataire-relais, créé pour permettre la diffusion des idées de l'autrice auprès du public.

Ce roman est bien autre chose qu'un roman d'amour. Graffigny elle-même, dans une lettre à son ami François-Antoine Devaux, résume ainsi son projet : « Le meilleur costume est celui des idées reçues. » Le Pérou n'est pas l'objet d'une étude documentaire, c'est plutôt un prétexte qui permet de faire parler une étrangère sur la France. Ce que pointent les quipos de Zilia, puis sa plume, c'est l'incohérence, l’hypocrisie et la fausseté. Le roman est donc un roman épistolaire et philosophique — et c'est bien pourquoi il figure au programme de littérature d'idées.

 

LE PARCOURS : « UN NOUVEL UNIVERS S'EST OFFERT À MES YEUX »

La citation du parcours vient de la lettre XVIII. Il est indispensable de la lire dans son contexte immédiat : « À mesure que j'en ai acquis l'intelligence [du français], un nouvel univers s'est offert à mes yeux. ». Ce que cette phrase dit est décisif pour comprendre l'ensemble de l'œuvre : Zilia découvre un nouvel univers parce qu'elle acquiert un savoir. Ce n'est pas le voyage qui ouvre le monde — c'est le langage. Traverser l'océan n'a rien changé ; apprendre à lire a tout changé.

Mais la suite immédiate tempère tout enthousiasme : « Les objets ont pris une autre forme, chaque éclaircissement m'a découvert un nouveau malheur. ». Le nouvel univers est d'abord douloureux. Comprendre la langue française, c'est comprendre que la France est à une distance infranchissable du Pérou, qu'Aza est perdu, que la société dans laquelle Zilia se trouve est organisée sur le mensonge social. La connaissance entraîne la désillusion.

Le parcours demande donc d'accompagner une trajectoire : celle d'une conscience qui se construit lettre après lettre. Au départ, Zilia est prudente : « je remarque des contradictions dans leur conduite, qui suspendent mon jugement » (lettre IV). Progressivement, son style s'affirme : « en général, je soupçonne cette nation de n'être point telle qu'elle paraît » (lettre XVI). À la fin, le doute a disparu, et c'est la formule tranchante de la maxime qui s'impose : « La vanité dominante des Français est celle de paraître opulents » (lettre XXIX de l'édition 1752).

 

STRUCTURE ET CONTEXTE

Le roman se divise en cinq grandes étapes. Les lettres I à X couvrent la capture et le voyage, Zilia écrivant encore en quipos dans une langue incompréhensible pour ses ravisseurs. Les lettres XI à XVII correspondent à l'installation chez les Déterville et les premières observations de la société française. Les lettres XVIII à XXIII marquent le tournant : séjour au couvent, apprentissage de l'écriture. Les lettres XXIV à XXXIV constituent le cœur de la critique sociale, ethnographique et féministe. Les lettres XXXV à XXXVIII montrent l'émancipation dans la petite maison.

Cette progression est doublement significative : elle trace le parcours géographique de Zilia, mais aussi son parcours intellectuel — de la « femme de lettres d'amour à la femme de lettres philosophiques », comme dit une fiche du Ministère de l’Éducation nationale sur cette œuvre au programme. Son regard est celui d'une femme instruite, sans préjugés sur la France, capable d'observer sans juger trop vite — et dont la progression vers la lucidité est précisément l'histoire que raconte le roman.

 

NOTE SUR LES ÉDITIONS

Les numéros de lettres suivent la numérotation de la deuxième édition de 1752 (41 lettres), qui est celle adoptée par les éditions de référence. Les élèves qui disposent de l'édition Gallimard « Folio classique » (préface Martine Reid) trouveront les lettres XXVIII, XXIX, XXX et XXXIV de l'édition 1752 dans les Annexes de ce volume ; les lettres XXXI à XXXIII de 1752 correspondent aux lettres XXIX à XXXI de cette édition, et les lettres XXXV à XLI aux lettres XXXII à XXXVIII.

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